Des conférences, d’accord, mais pourquoi gesticulées ?

Un conférencier explique. Un conférencier gesticulant raconte…

On pourrait définir la conférence gesticulée comme la rencontre entre des savoirs chauds – savoirs « illégitimes », savoirs populaires, savoirs politiques, savoirs de l’expérience… savoirs utiles pour de l’action collective… – et des savoirs froids – il existe d’excellentes analyses politiques, sociologiques, sur tous les sujets dont nous avons besoin… –. Le mélange des savoirs chauds et froids, c’est pas tiède, ça fait plutôt un orage ! La conférence gesticulée est une arme que le peuple se donne à lui-même. Permettre à autrui d’entrer dans notre subjectivité et d’y atteindre l’universel et donc le politique en dévoilant les systèmes de domination à l’œuvre tels que nous les avons vécus.

Le mot du conférencier : ma conférence sur le revenu de base est un OPNI, Objet Politique Non identifié. Je souhaite proposer un espace où faire, refaire si besoin, du politique, c’est-à-dire parler avec d’autres êtres humains de « comment vivre ensemble », en partant de nos petites histoires de vie pour les inscrire dans la grande histoire de l’humanité. « Gesticulée » parce-que sans bouger, je ne pourrais pas incarner mon récit et sortir du cadre. Ma conférence est un essai de spectacle vivant participatif pour partager et faire naître d’autres visions du monde.

Une conférence gesticulée, ok, mais pourquoi sur le Revenu de Base ?

Le mot du conférencier : parce-que c’est probablement le changement de paradigme le plus important du XXIe siècle. L’idée d’avoir un revenu inconditionnel découplé d’une activité marchande est profondément révolutionnaire, mais elle peut s’épanouir concrètement ici et maintenant dans le cadre du monde connu, du système qui est le nôtre. C’est d’abord une révolution intérieure, personnelle, que chacun peut faire à son rythme et en lui donnant le sens nécessaire. Contrairement à d’autres très bonnes idées qui n’ont pas émergé, le revenu d’existence dit « oui » et ne casse rien. Le revenu de base va à mon avis enfin réconcilier les trois pieds du tabouret de la révolution pour asseoir la démocratie : les initiatives exemplaires, le rapport de force et l’éducation populaire.

Le travail sociologique d’enquêtes mené dans le cadre de la conférence gesticulée vise principalement, pour chaque personne interrogée, à susciter ce questionnement : « si j’ai le revenu de base, qu’est-ce que ça change à ma vie » ? Mon objectif premier n’est donc pas d’apporter des réponses aux objections face à l’idée de revenu d’existence, ni de proposer un modèle politique d’instauration du revenu de base. Mon objectif premier est d’amener chacun(e) à se poser cette question essentielle, à se projeter dans une idée (et donc contribuer à la concrétiser) : « si j’avais un revenu sans être obligé(e) de travailler, que deviendraient mes projets de vie ? ». À chacun d’y répondre, et vive la biodiversité humaine !

Une conférence gesticulée sur le Revenu de Base, ça parle de quoi ?

Le mot du conférencier : la mienne parle de moi ! (rires). « J’ai commencé ma carrière dans la prostitution. À l’âge de 12 ans. » ; voilà, c’est ça le début de ma conférence… Un récit de vie… Dans la première partie, Radicaux Du Boulot, je vais raconter comment je suis arrivé dans le monde du travail… Et pourquoi j’en suis sorti ! On va questionner la notion de travail dans nos sociétés, avec par exemple le chapitre Vous travaillez peut-être pour un psychopathe, on va parler de dissonance cognitive, de désobéissance comme outil de démocratie, de mythes qui font des trous dans la couche d’ozone et dans nos identités, et de fausses statistiques.

Tout au long de la conférence, et dès le début, on va décortiquer le langage de la domination et réhabiter la langue, redonner du sens aux mots. Un exploité n’est pas un assisté. On va également voir dans la deuxième partie, Reparlons Du Bonheur, comment faire pour être malheureux, au travail ou ailleurs, et puis nous demander si ce fameux bonheur, faudrait pas le mesurer. Pour voir où on en est. Et puis, on va jouer : tous les participants vont essayer de trouver les 7 différences entre deux planisphères, entre deux visions du monde différentes…

Une fois qu’on aura clarifié un peu notre rapport au travail et au bonheur, on pourra remplir au début de la troisième partie Revenu De Base un petit sondage a priori sur ce concept. Et répondre ensuite rapidement aux faux problèmes issus des vraies peurs provoquées par l’idée du changement que porte le revenu de base : financement utopique, invasions barbares, fin de la production des choses, etc. Après tout ça : pause ! On va même essayer de ne rien faire, pour voir.

Après un petit guide de survie dans la jungle des « revenus d’existence », on passe à la quatrième partie, Rassemblement De Banturles : des ateliers en petits groupes, pour réfléchir concrètement à comment le revenu de base pourrait changer nos vies. Notamment en déverrouillant certains blocages à notre bonheur, qu’on a identifiés dans la deuxième partie. Et puis à la fin, c’est le capharnaüm des imaginaires : les solutions et problèmes loufoques, les délires qu’on n’a pas osé dire à haute voix, les chansons et les dessins, et surtout tout le reste pour finir en-dehors du cadre !


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